La bataille de chalmont 924

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La bataille de chalmont 924

Messagede Warulfe Garoux » Lun Mai 18, 2009 4:28 pm

Rögnvald, chef des Normands de la Loire, avait pris part aux
expéditions conduites en France par les Normands de la Seine. La
raison de cette hostilité persistante ne ressort pas clairement des
textes, mais il semble bien que ce soit la non-exécution des promesses
de cession du comté de Nantes et de la Bretagne faites par Robert en
921[137]. Celui-ci avait effectivement cédé ces pays à Rögnvald: or
cette apparente libéralité n'avait pas eu de résultat. Il est évident
qu'en abandonnant la Bretagne ou l'une de ses parties, Robert n'avait
renoncé qu'à des droits théoriques contestables, puisqu'il ne
possédait point ce pays, et sa mort survenue sur ces entrefaites avait
achevé de réduire à néant la valeur problématique de ses promesses. La
comparaison avec les Normands de la Seine qui, eux, avaient su non
seulement obtenir mais accroître la donation de Charles le Simple,
décida vraisemblablement la reprise des hostilités. Exclu des
négociations grâce à l'habileté des seigneurs français, Rögnvald,
mécontent de ses échecs successifs, voulut une revanche éclatante.

A la tête d'une nombreuse armée, il remonta le cours de la Loire en
pillant la rive gauche du fleuve. Les deux seigneurs riverains, Hugues
et Guillaume, craignant pour leurs possessions, entrèrent, chacun
séparément, en pourparlers avec lui. Ces négociations sont obscures.
Il semble que le viking se soit contenté d'exiger le libre passage à
travers des pays déjà épuisés pour se rendre dans la riche Bourgogne,
encore intacte, dont le duc-roi s'était montré naguère un ardent
antagoniste des Normands de la Seine et avait porté la guerre sur leur
territoire. Son but paraît avoir été de montrer à l'«usurpateur» Raoul
que si les Normands de la Seine avaient accepté de déposer les armes,
lui, Rögnvald, n'ayant point reçu satisfaction, n'était nullement
disposé à imiter leur exemple, qu'il entendait faire chèrement payer
sa retraite et que l'éloignement de la Bourgogne ne suffisait pas pour
la mettre à l'abri des représailles normandes.

La témérité d'une pareille tentative explique peut-être la facilité
avec laquelle Hugues et Guillaume laissèrent l'ennemi se diriger, sans
l'inquiéter, sur la Bourgogne, en l'absence de Raoul, alors retenu
dans la France du nord. Il est surprenant que ces deux puissants
vassaux se soient résolus par égoïsme et indifférence, à laisser
piller les domaines de leur suzerain. Il faut peut-être supposer une
tactique de leur part pour tendre un piège aux Normands; sinon on ne
pourrait y voir qu'une lâcheté contraire à leurs devoirs féodaux. On
en jugera d'ailleurs par ce qui suivit.

Tandis que Rögnvald pénétrait dans la Bourgogne, pillant tout sur son
passage, les comtes Garnier de Sens, Manassès de Dijon, avec les
évêques Josselin de Langres et Anseïs de Troyes, prévenus peut-être
sous main par le marquis Hugues, avaient rassemblé leurs vassaux. Ces
seigneurs se portèrent à la rencontre des Normands qui se retiraient
vers la France du nord, chargés de butin. Le choc eut lieu sur les
confins du Gâtinais, à Chalmont, le 6 décembre. La lutte fut acharnée.
Il s'agissait pour les Normands d'assurer leur retraite, et les
Bourguignons étaient décidés à leur faire expier les ravages qu'ils
avaient faits chez eux. Huit cents Normands restèrent, dit-on, sur la
place. Du côté bourguignon, le comte Garnier ayant eu son cheval tué
sous lui fut pris et mis à mort. Enfin l'évêque Anseïs, qui se battait
vaillamment à la tête de ses gens, fut grièvement blessé. Le reste de
l'armée normande continua vers le nord jusqu'aux rives de la Seine,
puis s'arrêta pour camper, probablement dans la région voisine du
confluent de l'École[138].

Dans l'intervalle, le roi Raoul complètement rétabli, mis au courant
de ce qui se passait, n'avait pas perdu un instant. Ayant réuni à la
hâte les vassaux de l'église de Reims, il les entraîna à sa suite avec
l'évêque de Soissons, Abbon, quelques autres amis dévoués et même
Herbert de Vermandois, qui resta prudemment à l'arrière-garde,
toujours prêt à tirer parti des événements. Dès qu'il s'approcha de la
Bourgogne, de nombreux hommes d'armes vinrent du duché remplir auprès
de lui leur service d'ost. Il marcha avec ces forces directement vers
le camp ennemi et un combat s'engagea aussitôt entre les fantassins
des contingents français et les Normands, qui s'étaient avancés à
leur rencontre. Pendant l'action, l'avant-garde française, la première
ardeur passée, s'aperçut que le gros de l'armée qui entourait le roi
ne bougeait pas et que personne n'y mettait pied à terre pour
combattre. Les Normands, d'autre part, faiblissaient, après quelques
pertes, et se trouvaient contraints de regagner leurs retranchements.
L'avant-garde française se retira alors jusqu'à environ deux ou trois
milles des lignes ennemies et s'établit en cercle d'investissement
tout autour. D'autre part, Hugues était sur la rive opposée de la
Seine et y avait pris position juste en face des Normands. La
situation de ceux-ci semblait désespérée. On attendait seulement les
bateaux qui devaient venir de Paris pour les attaquer de toutes parts
et donner l'assaut à leur camp, même du côté du fleuve. La lutte
promettait d'être décisive Rögnvald était pris au piège où sa témérité
l'avait conduit. Mais les assiégeants perdirent trop de temps à
attendre les navires parisiens qui ne venaient pas. Tout à coup le
rusé Normand sortit de son camp sans être aperçu, parvint à traverser
par surprise les lignes ennemies, où il avait pu pratiquer des
intelligences, et gagnant une forêt voisine, réussit à s'évader avec
tous les siens[139].

Ainsi Rögnvald sut éviter par un coup d'audace, que la lenteur des
opérations des coalisés rendit possible, la sanglante défaite ou la
honteuse capitulation à l'une ou à l'autre desquelles il paraissait
irrémédiablement acculé. Et maintenant l'aventureux et habile viking
gagnait rapidement les bords de la Loire, à travers la forêt
d'Orléans, avec les survivants de ses intrépides guerriers, échappés
comme par miracle du cercle de fer dont ils avaient été un instant
entourés.

Les coalisés stupéfaits de la soudaineté de cette fuite ne se
hasardèrent pas à poursuivre dans les bois un ennemi brave jusqu'à la
témérité, satisfaits de lui avoir infligé de très sérieuses pertes et
une terrible leçon.

Peut-être est-ce au cours de cette retraite mémorable que les
sectateurs d'Odin pénétrèrent dans l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire.
Le continuateur d'Aimoin raconte, en effet, sans donner de date, que
les moines s'enfuirent lors du passage de Rögnvald, emportant leurs
précieuses reliques. Le récit des scènes de sauvagerie qui se
déroulèrent dans le monastère pendant le séjour qu'y fit Rögnvald,
celui de sa vision et du châtiment final qui l'atteignit à son retour,
ont été consignés en termes émus dans les écrits monastiques[140]. On
conserva longtemps, à Saint-Benoît, le souvenir de l'étrange abbatial
du célèbre viking: on donna même son nom à une tête d'homme, en
marbre, encastrée dans la muraille septentrionale de l'église[141].
Warulfe Garoux
 

Re: La bataille de chalmont 924

Messagede Liudolf » Jeu Juin 04, 2009 8:20 pm

Intéressant ça l'histoire des vassaux de reims: à peu près la même époque (il faut que je retrouve la date), un parti de normands est surpris près d'un gué sur l'Aisne à Ecry (08) par des comtes ardennais (vassaux de reims), les normands sont chargés et beaucoup se noient en essayant de s'enfuir.
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Re: La bataille de chalmont 924

Messagede Warulfe Garoux » Lun Juin 15, 2009 2:59 am

J'ai bien l'intention de voir s'il est possible de créer quelque chose dans le secteur.
Warulfe Garoux
 

Re: La bataille de chalmont 924

Messagede Liudolf » Lun Juin 15, 2009 8:30 pm

Il y a pas mal d'années avec Walfroy le Stylite on voulait faire des photos évoquant cette bataille dans le coin (une sorte de roman photo carolingien). Malheureusement ça ne sera pas facile: il y a des silos et un canal... Il faudrait bien choisir les angles de vues...
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Re: La bataille de chalmont 924

Messagede Hengist » Lun Juin 15, 2009 8:35 pm

pour un de mes bouquins, l'éditeur avait réussi à virer les silos et poteaux électrique par retouche d'image
Hengist
 

Re: La bataille de chalmont 924

Messagede Liudolf » Lun Juin 15, 2009 8:47 pm

Pas bête, en plus, sans me la jouer, je ne suis pas mauvais avec ces logiciels. Là dessus j'ai un gros doute: il semble qu'il y ait eu deux batailles au même endroit: une comme l'a dit mon bon Stylite en 882 et une autre en 920 quelque chose. C'est possible mais je vais essayer de vérifier s'il n'y en a pas une de trop. La seconde me semble vraie pour des raisons d'histoire locale.
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Re: La bataille de chalmont 924

Messagede Warulfe Garoux » Lun Juin 15, 2009 9:44 pm

Vue aérienne via google Earth du lieu dit "Chalmont", entre Milly la forêt et Barbizon.
Image
Un seul problème me perturbe pour la localisation, si cette retranscription est bonne
D'autre part, Hugues était sur la rive opposée de la
Seine et y avait pris position juste en face des Normands. La
situation de ceux-ci semblait désespérée. On attendait seulement les
bateaux qui devaient venir de Paris pour les attaquer de toutes parts
et donner l'assaut à leur camp, même du côté du fleuve.

Que pensez vous de la distance entre la seine et le camp retranché entouré en rouge.
Image
Warulfe Garoux
 

Re: La bataille de chalmont 924

Messagede Liudolf » Jeu Juin 18, 2009 8:57 pm

Je pensais au départ que le lit de la Seine a peut-être bougé, où qu'il y avait un bras mort, mais en regardant la carte de cassini, je pense plutôt à l'avantage de la position défensive: une éminence centrale, deux ruisseaux de chaque côtés, une forêt au sud et un marécage au nord. Et puis, ils pouvaient peut être amener les navires à proximité en remontant une des rivières? C'est peut-être ce que les francs voulaient faire? A mon avis il se sont échappés vers l'est ou le sud. Il y a un parallèle à faire avec Ecry (Asfeld) puisque des vikings se sont noyés en tentant de traverser le gué sur l'Aisne, mais leur camp n'était pas au bord de la rivière: il était plus loin vers le nord à l'intérieur des terres. Il y a eu là aussi une bataille en deux temps (sauf que là les Francs ont réussi): attaque du camp par les comtes ardennais, puis fuite d'au moins une partie des vikings qui se font rattraper et massacrer sur le bord de la rivière.
Liudolf
 
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Re: La bataille de chalmont 924

Messagede Warulfe Garoux » Ven Juin 19, 2009 12:13 pm

Ils ont fuit vers l'est puisque Chartres a énormément souffert durant leur fuite.
Warulfe Garoux
 


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